Intervention du G.A.B au conseil municipal du lundi 15 Avril 2013

Publié le par Le Groupe des Associations de Bagnolet

 

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bismiLAH ar-RAHMAN ar-RAHIM

 

 

Monsieur le Maire,

Madame, Monsieur les élus,

 

As-salâm 'aleïkoum,

Bonsoir,

 

 


Nous, le Groupe des Associations de Bagnolet, souhaitons intervenir aujourd'hui pour interpeller le Conseil municipal sur une question qui est pour nous des plus importantes dans le débat local, débat dans lequel nous comptons bien nous inscrire avec force.


En intervenant ce soir, c'est aussi une manière pour nous de pointer du doigt le fait que les quartiers populaires sont quasi-absents des débats du Conseil municipal, laissant ainsi le champ libre à des organisations qui ne nous représentent en rien, voire même qui jouent contre nous...

 


Pour rappel, j'aimerais commencer par une rapide contextualisation de notre action politique à Bagnolet : j'aimerais notamment rappeler le climat politique délétère lors de l'élection municipale de 2008, marqué par une mobilisation islamophobe sans précédent contre le centre « L'Olivier de la Paix ». Cette attaque anti-musulmans a contribué à l'émergence d'une génération de militants issus des quartiers populaires, ainsi que de nouvelles associations qui ont compris à cette occasion que la meilleure façon de se défendre contre ce type d'attaques islamophobes était de s'organiser politiquement. Le GAB s'était alors proposé, avec succès, de fédérer ces associations sur une base anti-raciste et anti-impérialiste.

 


Aujourd'hui, le GAB a plus que jamais sa raison d'être à Bagnolet. Qui peut nier la montée en puissance des discours racistes, renforcés par la perspective des municipales de 2014 ? Comme nous le redoutions à l'occasion des présidentielles de 2012, le discours anti-musulmans et la politique impérialiste de Sarkozy se sont trouvés confirmés voire amplifiés par Hollande. Nous avions d'ailleurs alerté, pendant cette campagne présidentielle, le milieu militant anti-raciste, très enthousiaste à l'époque à l'idée que le PS prendrait le pouvoir...

 

 

Au niveau local, le vrai visage de la gauche au pouvoir s'est traduit, entre autres exemples, par la déclaration de Razzy Hamadi soutenant avec force l'intervention coloniale de la France au Mali, ou par le soutien des Verts à la crèche Baby Loup qui a licencié une femme, ouvertement et violemment discriminée juste parce qu'elle avait le tort d'être musulmane !

 


Le GAB entend bien continuer à lutter contre ces nouvelles attaques racistes et islamophobes, qui n'ont jamais cessé en réalité. Le GAB entend aussi oeuvrer pour que la ville de Bagnolet prenne politiquement en considération cette partie de la population, issue des anciennes colonies, qui ne se reconnaît pas pleinement dans ce qui constitue l'identité symbolique et politique de la ville dans laquelle elle vit, à savoir le nom des rues. Bagnolet est une ville ou la population immigrée issue de l’ancien empire colonial est très importante. Cette population immigrée a participé (et continue de participer) à l'histoire de la ville, faite de lutte sociale, de lutte anti-coloniale et de lutte anti-raciste.

 


Il est légitime pour nous de demander à ce que la ville, notre ville, reflète aussi cette partie de son Histoire, jusqu'à aujourd'hui savamment occultée (exception faite, il faut le reconnaître, de la place du 17 octobre 1961). Lorsque nous nous déplaçons dans notre ville, dans nos quartiers, nous passons de la rue Lénine à la rue Karl Marx, nous nous perdons rue des Arts ou avenue des Roses... C'est important de rendre hommage aux figures emblématiques des luttes anti-capitalistes, ou même au soleil ou aux coquelicots, nous ne nions pas que cela participe de l'imaginaire symbolique et politique de Bagnolet.

 

 

Mais qu'en est-il des héros et héroïnes chers aux immigrés et à leurs enfants, notamment les héros et héroïnes des luttes anti-coloniales et anti-impérialistes ? Pourquoi nous, héritiers de ces héros et héroïnes, ne pourrions nous pas leur rendre hommage dans la ville que nous contribuons à faire vivre ? C'est peu que de dire que la lutte contre la colonisation, ses combattants et ses combattantes, ne sont pas honorés par la ville de Bagnolet. Par son absence dans nos rues, l'Histoire de cette lutte, de nos luttes, est tout simplement niée.

 

Et pourquoi cela ? Qui, quels habitants, quelles forces politiques, cette Histoire peut-elle gêner ?

 


Pour notre part, au GAB, nous refusons que soit cautionnée l'idée que la lutte contre la colonisation, si chère à nos cœurs, et qui a construit nos identités politiques, soit absente de l'imaginaire symbolique de la ville, et de fait, indirectement considérée comme « non-légitime ». C'est indirectement nous que l'on considère comme « non-légitimes » dans cette ville. Cette occultation de l'Histoire de nos luttes, c'est d'une certaine manière un moyen de nous signifier que nous ne sommes pas ici chez nous, que nous ne sommes que des étrangers au nom exotique, aussi exotique que le seraient pour certains une rue Abdelmalek Sayad, une rue Myriam Makeba, Jamila Bouhired, Sankara ou AbdelKrim El Khattabi... A nos oreilles, ces noms n'ont aucune sonorité exotique, bien au contraire ils nous sont très familiers.

 

 

Cette ville c'est aussi la nôtre, c'est pourquoi nous demandons à ce que la Place du centre ville prenne le nom de « Place Frantz fanon ».

 


Pourquoi le nom de Frantz Fanon doit être honoré par la ville de Bagnolet ? Parce que Frantz Fanon, militant noir antillais qui a rejoint la cause des peuples colonisés d'Afrique, combattant en tant que membre du FLN contre le joug colonial français, initiateur de la solidarité nécessaire entre les opprimés du continent africain, penseur de la lutte contre l'aliénation mentale des colonisés, est en un mot, LA figure incontournable de la résistance à l’oppression.

 


Grâce à la maturité politique que nous avons acquise depuis les dernières élections municipales, nous sommes largement en mesure aujourd'hui de constituer une réelle et puissante force politique autonome. Il est hors de question que les racistes et islamophobes en tous genres aient nos voix. Nous saurons nous souvenir des positions de chacun lors des municipales de 2014...

 


Je ne peux pas conclure cette intervention sans citer Frantz Fanon, inaugurant ainsi modestement l'hommage que ce Conseil, nous l'espérons, s'apprête à lui rendre :

 


« Nous nous sommes mis debout et nous avançons maintenant. Qui peut nous réinstaller dans la servitude ?


Nous voulons une Algérie ouverte à tous, propice à tous les génies.


Cela nous le voulons et nous le ferons. Nous ne pensons pas qu’il existe quelque part une force capable de nous en empêcher. ».

Publié dans Evénement

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