Alexandre Piettre, Universitaire-Pilleur

Publié le par Nemane Amraoui et Youcef Brakni

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bismiLAH ar-RAHMAN ar-RAHIM    

 

« Parmi les gens, il y a ceux qui disent : « Nous croyons en Dieu et au Jour Dernier ! » tandis qu’en fait, ils ne sont pas croyants. (8 )

Ils cherchent à tromper Dieu et les croyants ; mais ils ne trompent qu’eux-mêmes, et ils ne s’en rendent pas compte. (9)

Il y a dans leurs cœurs une maladie (de doute et d’hypocrisie), Dieu leur ajoute donc une maladie et ils auront un châtiment douloureux parce qu’ils mentaient

(10) » [Sourate 2, al Baquarah (la vache), versets 8-10]

 

 


salam a"laykuom,


Nous sommes (pour l'instant du moins) membres du Parti des Indigènes de la République (PIR) et nous dénonçons publiquement par le présent communiqué le travail de manipulation et d'escroquerie du sociologue prénommé Alexandre Piettre.


 

Ce communiqué a deux objectifs :

 

  • Dénoncer précisément un universitaire-pilleur, Alexandre Piettre. Alerter nos frères et sœurs à son sujet, pour qu'il ne puisse plus nuire aux nôtres.

 

  • Au delà d’A. Piettre, mieux connaître les mécanismes du « pillage » de nos luttes, avec ses intermédiaires, ses réseaux, ses méthodes sournoises et perverses, et faire que cette expérience nourrisse notre vigilance dans la lutte face à nos ennemis, quelle que soit la forme que cet ennemi prend.

 

Se faisant passer pour un simple militant, A. Piettre a infiltré le PIR, participant aux réunions, aux débats, à la vie du parti... Ne s’embarrassant pas d'éthique, dans la mesure où il ne s'agit jamais que de Noirs et d'Arabes, Piettre n’a jamais déclaré ouvertement la réelle motivation de sa présence au sein de ce parti : le fait qu'il était en train de mener, dans le confort de l’infiltration, une étude sociologique sur les membres « indigènes » et musulmans de ce parti de l'immigration. Les indigènes en question ne se doutant pas qu'ils étaient « pris en note » à leur insu.

 

 

En ce qui nous concerne, le travail de manipulation de Piettre a commencé il y a deux ans. Nous avions accepté un entretien avec celui que nous considérions alors comme un militant du PIR. Nous n'étions pas méfiants envers lui, dans la mesure où des membres fondateurs du parti nous avaient invités à lui faire entièrement confiance, nous le présentant même comme une « valeur sûre ».

 

 

L’objectif et l’utilité pour nous était de garder une trace de notre lutte en tant que musulmans sur la ville de Bagnolet. Certaines des informations que nous lui avions fournies en toute confiance étaient très sensibles du point de vue de notre activité militante. Mais elles étaient aussi très personnelles, voire intimes. Nous sommes allés jusqu'à l'emmener avec nous au sein de notre mosquée. Alexandre Piettre nous avait affirmé qu'il était, fort à propos, en train de se convertir à l'Islam, gagnant ainsi en crédibilité et en sincérité auprès de nous.

 

 

Il était évident pour nous, Piettre nous l’ayant affirmé, que ces informations si importantes à nos yeux, n’étaient pas destinées à la recherche universitaire et ne devaient pas venir nourrir la connaissance que les institutions ont des milieux musulmans, et des quartiers. Nous n'aurions jamais accepté de venir alimenter volontairement l’Etat français, à travers l'institution universitaire, soucieux de savoir comment « fonctionnent » les dangereux islamistes, jeunes de quartiers et autres barbus, pour continuer à nous réprimer, de manière d'autant plus efficace.

 

 

Ce n'est que très récemment et par un pur hasard que nous avons découvert que Piettre a utilisé les entretiens qu'il a fait avec nous ainsi que ses « observations participantes » à Bagnolet, pour servir sa carrière universitaire, en produisant une étude sociologique et en intervenant à ce titre à des conférences. Se faisant, il n’a pas manqué de faire financer ses recherches par les pouvoirs publics.

 

 

Nous avons appris à notre grande surprise que nous étions l'objet de son étude : il s'agissait pour lui d'expliquer à ses pairs comment fonctionnent deux jeunes musulmans des quartiers populaires de Bagnolet, qui militent dans un cadre islamique.

 

 

Nous ne sommes pas dupes. Nous savons pertinemment l’ascension fulgurante à laquelle un sociologue est promis lorsqu’il se prévaut d’un accès privilégié aux mosquées et aux quartiers populaires. Depuis les recherches de Gilles Kepel sur « l'islam des banlieues », c'est aujourd'hui un des sujets d'études les plus payants dans le domaine académique. Pour lancer une carrière en lui insufflant un élan exotique, sur des airs de safari. Pour ces universitaires, l’ « islam de France » est bel et bien une carrière.

 

 

Alexandre Piettre ne nous a évidemment pas prévenus de l'exploitation qu'il était en train de faire de nos parcours, de nos vies. Une fois la supercherie découverte, nous avons eu accès à son « analyse » nous concernant : nous y sommes traités de manière caricaturale comme de simples objets. Des objets tout juste bons à être couchés sur le papier pour servir la « pensée » d'intellectuels blancs qui théorisent avec assurance depuis leurs salons, à l’aide de concepts fumeux, nos souffrances et l'oppression que nous subissons.

 

 

Dans ses travaux, nous sommes réduits à être soit « salafiste », soit « soufi », avec tous les stéréotypes que cela implique du point de vue d’une personne telle que Piettre. Nous y sommes dépossédés de nos histoires, de nos luttes, de nos existences. Nous n'y sommes que des cobayes qu'on décrit pour appuyer ce que tel ou tel chercheur a voulu démontrer au sujet des luttes politiques dans les quartiers.

 

 

Nous tenons aussi à dénoncer, ce qui nous semble plus grave encore, l'échange de bons procédés à l’œuvre entre une élite indigène, formée de membres fondateurs du PIR, et Alexandre Piettre. D'un côté, une élite immigrée « halalise » l'universitaire-pilleur auprès de jeunes habitants d’un quartier. De l’autre, l'universitaire-pilleur valorise dans son étude cette élite immigrée, décrite opportunément comme étant la source de la Lumière que ces jeunes de quartier diffusent docilement sur le terrain, dans leur quartier. Cette élite immigrée trouve ainsi un accès privilégié au milieu universitaire blanc, auquel elle aspire tant. C'est pour elle l’occasion d'être citée dans un maximum de travaux universitaires comme une référence idéologique. Une référence crédible, qui se prévaut d’un ancrage « de terrain », « authentique », qui suscite l’admiration et la convoitise des intellectuels blancs.

 

 

Le procédé est donc simple : une élite immigrée remercie Piettre. Piettre remercie en retour cette élite immigrée. Le tout, bien entendu, aux dépends des jeunes de quartier.

 

 

Comme souvent dans l’histoire des mouvements de l’immigration, nous sommes confrontés à ces universitaires-pilleurs, qui bâtissent leur carrière sur le vécu et la misère des immigrés. Dans leurs « travaux », nous ne sommes que de vulgaires objets d’études. Nous sommes réduits à la fonction d'illustration ou de témoignage, laissant le soin de l’analyse à ces chercheurs qui pensent comprendre les oppressions que subissent les opprimés mieux que les opprimés eux-mêmes.

 

 

Dorénavant, nous nous fixons comme exigence politique majeure, le devoir de vigilance face aux pilleurs et à leurs relais. Ainsi que le devoir d'échanger et d'informer au sein de la communauté pour contrer ces parasites opportunistes.

 

 

Nous n'accepterons pas que nos vies soient caricaturées et vendues, que nos luttes soient confisquées.

 

 

Avis à Alexandre Piettre et à tous les autres universitaires-pilleurs : réorientez votre carrière ! Allez, par exemple, enquêter au sein du milieu universitaire blanc. Manipulez-les. Mentez-leur. Pillez-les et faites-nous des retours, pour que nous sachions comment fonctionnent les dominants.

 

 

Mais nous savons et déplorons que vous n’alliez jamais piller dans ce sens là.

 

 

En attendant, nous vous interdisons de venir faire les rapaces dans nos quartiers.

 

 

A l'affût de nos vies, pour en faire votre beurre.

 

 

 

 

Nemane Amraoui et Youcef Brakni


(Membre du Groupe des associations de Bagnolet)

Publié dans Analyse

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