Analyse de la loi "anti-terroriste" du point de vue des musulmans et des quartiers

Publié le par Goupe des Associations de Bagnolet

1- Un contexte islamophobe et sioniste fortement propice

La loi « relative à la lutte contre le terrorisme » a été votée le 18 septembre 2014.

Le projet de loi n’a pas vraiment provoqué de levée de boucliers à l’Assemblée nationale. Un personnage, omniprésent dans les medias depuis plusieurs mois, y a mis tout le monde d’accord, du Front national au Front de gauche. L’Arabe égorgeur a en effet trouvé écho dans l’imaginaire colonial et raciste français. Avec un barbu décapitant un innocent en arrière plan, les politiques et les medias ont su rassurer les Blancs : la loi porte effectivement atteinte aux libertés fondamentales, mais pas pour tout le monde, elle ne vise que les ennemis de l’intérieur, notamment ceux qui veulent partir vers l’extérieur, pour en revenir pires encore. Les Blancs, le cou inquiet, ont applaudi de leurs deux mains soulagées le ciblage ethnico-religieux de la loi liberticide.

La loi entend « lutter contre l'embrigadement dans des parcours de radicalisation terroristes » et « empêcher des personnes de rejoindre des zones de combat ou de se radicaliser sur Internet ».

En lisant cela, on se dit que dans un monde idéal, seraient visés par la loi les jeunes français embrigadés qui rejoignent l’armée terroriste israélienne dans la zone de combat qu’est la Palestine, pour y massacrer la population civile. Mais non. Ici nous sommes en France, et si le gouvernement socialiste a pris la peine d'appeler son plan, dans lequel s'inscrit la loi anti-terrorisme, « Plan anti-djihad », c'est justement pour réaffirmer que de son point de vue, ceux qui terrorisent le monde ne peuvent être que musulmans. Qu'on se le dise, les pas-musulmans, quand ils bombardent des petits jouant sur la plage, ne font qu'assurer leur sécurité.

Pour comprendre ce que vise la loi, il faut rappeler ce que visent ses auteurs. Le projet de Loi a été déposé par le gouvernement de Manuel Valls, sous la présidence de François Hollande. Rappelons donc que Manuel Valls se dit lui-même « ami éternel d'Israël », et que François Hollande soutient avec ferveur l’armée sioniste lorsqu’elle massacre les palestiniens à Gaza. C'est là un bon début de contextualisation pour comprendre ce que vise la loi, nous semble-t-il.

2- Que dit la loi « anti-terrorisme », dans le texte ?

Article 1 : Possibilité d'interdiction de sortie de territoire pour des personnes sur lesquelles pèse un soupçon de volonté de rejoindre des « théâtres de guerre ».

Article 4 : Notion de «parcours de radicalisation», sans précision de qui juge ce qui est radical, et sur quels critères. L'apologie du terrorisme est assimilable au terrorisme

Article 5 : Possibilité d'incrimination d' « entreprise terroriste individuelle » et possibilité de poursuivre des individus isolés selon les mêmes modalités que des « groupes terroristes organisés » ; l'individu est un suspect qui, s'il valide un certain nombre d' « éléments de suspicions », définis par les autorités, devient un terroriste potentiel.

Article 9 : Possibilité de blocage des sites internet qui font l'apologie du « terrorisme », sans intervention préalable du juge judiciaire. La liste des sites bloqués et les raisons pour lesquelles ils le seront resteront secrètes.

Articles 10 et 11 : Ces articles concernent l'ensemble des procédures pénales et non pas que la « lutte contre le terrorisme », renforçant de manière substantielle les pouvoirs de la police notamment en matière de surveillance numérique (qui devient administrative sans contrôle judiciaire). La police peut perquisitionner à distance des équipements informatiques sans autorisation judiciaire. La police peut requérir des personnes pour déchiffrer des données chiffrées sans autorisation judiciaire.

Pour résumer :

- prendre des positions politiques que le gouvernement Valls jugent « radicales » ou qui « se radicalisent » est considéré comme une atteinte à la sécurité de l'Etat.

- Sembler soutenir une organisation que l'Etat français considère comme « terroriste » (le Hamas ou le Hezbollah par exemple...) est assimilable à du terrorisme.

- les interdictions et les restrictions de libertés peuvent être fondées simplement sur des soupçons.

- la police peut surveiller, perquisitionner les ordinateurs à distance (atteinte à l'inviolabilité du domicile), censurer des contenus web, dans l'opacité la plus totale, sans contrôle judiciaire et sans possibilité de se défendre. A noter que pour bloquer efficacement l'accès aux contenus sur le web sans surblocage, il faut mettre en œuvre des techniques de surveillance massive des connexions des internautes.

3- Une loi pour empêcher l'organisation politique des musulmans et des quartiers

Certes nous pensons comme beaucoup que le gouvernement français se montre zélé à s'aligner sur la politique de « lutte contre le terrorisme » du gouvernement états-unien. Mais dire que le gouvernement, en votant la loi « anti-terrorisme », a « importé » le Patriot Act, c’est grandement mésestimer le génie français, qui n'a besoin d'aucune aide extérieure, quand il s’agit de mater les récalcitrants. La France serait même plutôt exportatrice en matière de lois d’exception islamophobes, véritable source d’inspiration pour de nombreux pays, de la Belgique au Canada. C’est pourquoi nous ne nous joignons pas à ceux qui s'émeuvent du fait que la loi « anti-terrorisme » enfreindrait les valeurs de la République, l'esprit des Lumières, etc etc . Aucune nostalgie chez nous de ce qu’était la République, ses institutions et ses lois avant cette loi du 18 septembre 2014. Pour ce qui nous concerne, la République, ses institutions et ses lois nous ont balancés dans la Seine le 17 octobre 1961, elles maintiennent Georges Ibrahim Abdallah en Prison alors que « légalement » il devrait être libre, elles empêchent des filles portant un foulard d’étudier, elles interdisent à certaines mères d’accompagner leurs enfants en sortie scolaire, elles prononcent des non-lieux s'agissant des assassins d'Ali Ziri, d'Hakim Ajimi, de Lamine Dieng et de tant d'autres. Donc avec cette nouvelle loi, rien de nouveau sous le soleil pour ce qui nous concerne, la République se réaffirme dans la continuité d'elle-même.

Pourtant, nous considérons que cette loi marque un tournant : elle traduit le déplacement progressif vers l’espace numérique du champ de bataille politique. Avec cette loi, le gouvernement PS se donne de nouveaux moyens légaux en termes de surveillance et de répression des militants qui ne vont pas dans son sens, notamment via le numérique.

Le gouvernement a bien pris la mesure de la place du numérique dans nos luttes : immense! Impossible aujourd'hui de militer sans passer par Internet (moteurs de recherche, sites et blogs, base de données, crundfunding, partage de videos en ligne, pétitions en ligne, réseaux sociaux, échanges de mails, outils collaboratifs en ligne, …). Militer en passant par Internet, c'est laisser beaucoup de traces de ce qu'on fait en tant que militant, traces que le gouvernement veut pouvoir exploiter.

Par ailleurs, de notre point de vue de militants anti-sionistes, cette loi s'inscrit dans l'offensive du gouvernement socialiste contre les quartiers et les musulmans qui ont exprimé leur soutien à la libération de la Palestine.

Car cet été, ce sont des hordes de musulmans, manifestant en famille, qui ont crié leur soutien total à la résistance armée palestinienne. Le gouvernement PS ne pouvait voir d’un bon œil cette forte conscientisation et mobilisation politique des quartiers. Il fallait sévir. Pour y parvenir, les socialistes et leurs relais dans les institutions policières et judiciaires ont multiplié les attaques sur tous les fronts :

- faire annuler par les tribunaux la décision de faire de Georges Ibrahim Abdallah le citoyen d'honneur de Bagnolet

- menacer de dissoudre des associations pro-Palestine (dont le GAB), présentées comme "pro-terroristes"

- initier les "troubles à l'ordre public" lors des manifestations pro-Palestine, en laissant le champ libre à la LDJ, pour pouvoir ensuite dire qu'il y a "trouble à l'ordre public" pendant les manifestations pro-Palestine

- interdire les manifestations pro-Palestine sous prétexte du fameux "trouble à l'ordre public"

- initier de fausses manifestations pro-Israel dans les villes où des manifestations pro-Palestine sont prévues, pour jouer la neutralité en annulant les deux

- multiplier les contrôles de police violents, racistes et humiliants en direction exclusivement des "Arabes en keffieh" aux abords des manifestations

- infliger des peines de prison ferme pour les "Arabes en keffieh" arrêtés aux abords des manifestations

La loi « anti-terrorisme » est donc une nouvelle arme qui vient s’ajouter à l’arsenal dont le gouvernement dispose déjà pour, d’une part éliminer toute forme de soutien aux palestiniens pour la libération de leur terre, et d’autre part empêcher la conscientisation politique des quartiers qui se fait aujourd’hui essentiellement à travers les revendications pro-Palestine.

4- L'urgence de nous organiser et de nous armer numériquement

Il y a urgence à réfléchir à notre stratégie politique dans l’espace numérique. Plus nous serons à la rue numériquement, plus nous serons touchés par la répression. Pour se convaincre de l’absolue nécessité de réfléchir sérieusement à la question, il n’est qu’à voir la NSA transmettre des données brutes concernant des citoyens américains d’origine palestinienne (et autres arabes) aux services de renseignement Israéliens (révélation d’Edward Snowden). Parallèlement, on sait de l’aveu même de certains soldats sionistes que les services israéliens exploitent des données intimes de palestiniens pour semer la discorde dans le camp palestinien, et pour tenter de recruter des informateurs en les menaçant de dévoiler ces informations intimes.

Il nous faut repenser nos usages numériques pour éviter la traçabilité sur le net, utiliser des outils Open Source pour ne pas transiter par Google, installer des logiciels libres anti-pisteurs sur tous nos supports numériques, se former au chiffrage des données, réfléchir et nous positionner politiquement sur le rôle grandissant des réseaux sociaux états-uniens dans la déstabilisation et la recolonisation des pays d'Afrique et du Moyen-Orient (en tirer, même si c'est dur, les conclusions qui s'imposent concernant notre utilisation de Facebook et de Twitter notamment...) ; On devra aussi certainement reconsidérer la place stratégique du « physique » par rapport au numérique dans nos espaces et nos temps militants. Par ailleurs, il devient nécessaire pour chacune et chacun d’entre nous de se former au code (cette formation nous paraitra d'autant plus facile qu'elle deviendra vitale). Ce ne sont là que quelques pistes des plus élémentaires, les champs de réflexion et de travail sont très nombreux.

Mais réfléchir à notre stratégie politique en matière de numérique, c'est commencer par repérer les « faux-amis » qui prétendent nous aider en nous informant sur les processus mettant en danger les libertés sur Internet ou en nous formant numériquement. Il s'agit pour beaucoup de Soros boys and girls, travaillant dans des structures financées par l'Open Society Foundation ou par l'Ambassade des Etats-Unis. C'est pourquoi il est important en matière d'organisation numérique aussi (comme en matière de lutte contre l'islamophobie, de lutte contre le racisme, de lutte contre les crimes policiers etc), de considérer l'anti-sionisme comme une exigence non-négociable (zéro compromis, zéro exception), l’anti-sionisme étant la boussole qui nous permettra de distinguer celui qui travaille réellement à notre libération, de celui qui travaille en réalité à défendre les intérêts de l'ennemi.

La guerre numérique que nous a déclarée le gouvernement socialiste ne fait que commencer. Ne doutons pas de nos ressources, nous saurons nous adapter à la nouvelle donne, profiter des failles, construire des brèches, comme l’ont fait avant nous les mouvements de libération, qui ont su adapter leurs modes de résistance à l’évolution de la stratégie ennemie.

Le terrain de la lutte se déplace, mais la lutte continue!

Par le GAB

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